Mémorial Chimen Viré : Une traversée inaugurée entre la Martinique et le Sénégal

Ce samedi 30 août, à l’Écomusée de Rivière-Pilote, un nouveau lieu de mémoire a vu le jour. Le mémorial Chimen Viré, crée par l’association Matinik Sunugal, a été inauguré par en présence de de nos institutions publiques, de personnalités, d’artistes, d’historiens, de familles emblématiques et de la communauté sénégalaise vivant en Martinique.

Chimen Viré : pour une traversée voulue et non subie

Le mémorial Chimen Viré s’élève comme une réponse, un contrepoint, une réconciliation.
À Gorée, au Sénégal, la « porte du non-retour » symbolise l’arrachement, l’exil forcé, la traversée subie des bateaux négriers. Ici, en Martinique, Chimen Viré matérialise la porte du retour, le lieu où l’on choisit de traverser à nouveau l’océan, non plus dans la douleur, mais dans la mémoire et la dignité retrouvée.

Ce mémorial rend hommage aux martiniquais morts dans le canal de Dominique dans la période de l’occupation allemande, rend hommage aux amérindiens pourchassés et tués alors qu’ils s’enfuyaient par la mer et rend hommage particulièrement à tous les africains déportés vivants, morts, malades, détraqués, révoltés, tués, jetés par-dessus bord tels des déchets durant les traversées des bateaux négriers. C’est une volonté affirmée d’ouvrir un sanctuaire pour aider au repos de leurs âmes”, Erick Dédé, concepteur du mémorial Chimen Viré et Président de l’association Matinik Sunugal.

 

Chimen Viré est aussi une promesse : celle d’une traversée voulue et assumée, une navigation symbolique entre les deux rives de l’Atlantique. Pour incarner ce voyage, cinq embarcations ont été choisies : la kanawa, la pirogue sénégalaise, le gommier, l’aviron martiniquais et la yole ronde. Cinq formes familières, qui sont autant de navires de mémoire et de transmission.

Chaque embarcation porte les visages de figures de pensée qui marqué l’histoire :

  • La Kanawa : Édouard Glissant, Armand Nicolas, Maryse Condé, Cécile Kouyouri.
  • La Pirogue sénégalaise : Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor.
  • Le Gommier : Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Polo Rosine.
  • L’Aviron : Ti-Émile, Victor Treffre, André Aliker, Pierre Aliker.
  • La Yole ronde : Paulette Nardal, Suzanne Roussy-Césaire, et les associations Fem & Hom à la barre et Chabin’an.

Chacune d’elle représente un pan de l’histoire, une évolution et s’inscrit dans une suite logique dont l’aboutissement est reconnu au patrimoine immatériel de l’humanité.

Ces cinq embarcations ne prendront plus le large mais elles vogueront désormais dans nos mémoires et traverseront le temps. Elles dessinent un océan de mémoire réinventée, où la douleur des exils devient la force des retrouvailles entre les peuples.

Un panthéon vivant

Enraciné dans la terre martiniquaise, ce mémorial n’est pas figé. Tourné vers l’avenir, appelé à accueillir d’autres figures qui enrichiront notre mémoire collective, il prendra la forme d’un panthéon vivant et grandira au rythme des générations, des luttes et des créations.

Ce mémorial est donc un appel à la jeunesse pour leur dire que rien n’est jamais fini, que tout est encore à faire ou à refaire si nécessaire. L’association Matinik Sunugal veut donner la connaissance et la confiance méritée à notre jeunesse pour qu’elle puisse assurer avec fierté et conscience les responsabilités à venir, et les lendemains de nos pays.

Des gestes fondateurs

Moment d’une intensité particulière, la mise en terre du baobab venu du Sénégal a symbolisé l’union entre les deux peuples. Une pelle unique pour sceller les racines, une grande calebasse africaine pour partager l’eau : ce geste, simple et puissant, a fait de chaque participant un gardien de la mémoire.

Des espaces d’écriture libres ont été aménagés dans l’enceinte du mémorial où nos langues Wolof et Créole pourront cohabiter et témoigner de la résonnance de notre histoire commune dans les cœurs et conscience des visiteurs du Mémorial. Ainsi, ce sanctuaire portera les traces de la générations actuelles pour la génération future.

La cérémonie s’est achevée autour d’une collation où les mets martiniquais se sont mêlés aux saveurs sénégalaises comme pour rappeler que la mémoire n’est pas seulement dans les livres ou les monuments, mais aussi dans les goûts, les chants, les gestes du quotidien.

Ainsi, le Mémorial Chimen Viré devient non seulement un lieu de mémoire, mais aussi un espace vivant d’enracinement, de recueillement, d’expression et d’élévation, par nous-même et pour nous-même.