Le maître charpentier qui a redessiné les canots de course martiniquais
Né en 1924 au Carbet, Adrien Pinard est une figure emblématique de la construction navale traditionnelle en Martinique. Charpentier de marine de renom, il est considéré comme le pionnier des canots de course modernes, ces embarcations qui font vibrer les régates des fêtes patronales du Nord-Caraïbe.
Son parcours débute dans l’adversité : orphelin à l’âge de 9 ans, il est placé dans différentes familles jusqu’à sa majorité. Malgré ces débuts difficiles, une passion profonde pour le bois et la mer l’habite très tôt. Dès 1939, il apprend le métier au contact de charpentiers expérimentés, alors très sollicités en raison des besoins pressants des pêcheurs martiniquais pendant la Seconde Guerre mondiale.
C’est auprès de maîtres comme Albert Montfort, au quartier Le Coin du Carbet, qu’il perfectionne son art. À la fin des années 1950, il ouvre son propre atelier sur le front de mer du Carbet. Très vite, sa réputation dépasse les limites de sa commune. Il se fait remarquer pour son génie de l’innovation dans la construction de canots rapides, adaptés non plus à la seule pêche, mais à la compétition.
Dans les années 1960, alors que les courses de canots battent leur plein, il bouleverse les règles du jeu en concevant des embarcations plus longues, plus effilées, capables d’accueillir un troisième rameur. Sa première création révolutionnaire, « La Charité », est assemblée à partir des restes de deux épaves. Elle met fin au règne de la célèbre yole « Pigeon vole », également modifiée par ses soins.
À partir de là, toutes les communes du Nord-Caraïbe font appel à lui : « Frappé des ailes » pour Schœlcher, « Innocent » pour Case-Pilote, « Renouveau » pour Le Carbet… Autant de canots devenus légendaires, portés par l’audace et le savoir-faire d’un artisan de génie.
Adrien Pinard incarne la transmission d’un patrimoine maritime vivant, façonné par les mains et la mémoire d’un homme qui a su marier tradition et performance, pour donner à la Martinique une page unique de son histoire navale.
La pensée de Matinik Sunugal à son sujet :
Il ne faisait pas que bâtir des canots, il traçait des sillons de vitesse dans la mer.
