Rivière-Pilote
La pirogue africaine à la rencontre de la yole martiniquaise

Samedi, le mémorial Chimen Viré, créé par l’association Matinik Sunugal, a été inauguré à l’écomusée à l’Anse Figuier, en présence de nombreuses personnalités. Un nouveau lieu de mémoire est né réunissant cinq embarcations du Sénégal, de la Caraïbe et de la Martinique.
Il y a quelques années, Érick Dédé, concepteur du projet et président de Matinik-Sunugal, s’était rendu au Sénégal. Il avait alors eu l’idée de créer ce mémorial qui se veut être une réconciliation de l’histoire à la mémoire de ceux qui sont partis sur des bateaux de Gorée au Sénégal et de Ouidah au Bénin (où a été inaugurée en 1995 la porte du non-retour).
Ce mémorial symbolise « la porte du retour, le lieu où l’on choisit de traverser à nouveau l’océan, non plus dans la douleur, mais dans la mémoire et la dignité retrouvée ». C’est ainsi qu’à l’entrée de l’écomusée ont été érigés des chapiteaux qui abritent cinq embarcations qui portent l’empreinte de personnalités qui ont marquées l’histoire : la kanawa avec Edouard Glissant, Armand Nicolas, Maryse Condé et Cécile Kouyouri ; la pirogue sénégalaise avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor ; le gommier avec Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop et Polo Rosine ; l’aviron avec Ti-Emile, Victor Treffre, André et Pierre Aliker ; la yole ronde avec Paulette Nardal, Suzanne Roussi-Césaire et les associations Fem&Hom à la barre et Chabin’an.
La création du mémorial n’est pas une fin en soi. Il se veut également être un panthéon qui accueillera de nouvelles figures qui feront l’histoire par leurs luttes ou leurs œuvres. Ainsi l’association Matinik-Sunugal « veut donner la connaissance et la confiance méritée à notre jeunesse pour qu’elle puisse assurer avec fierté et conscience les responsabilités à venir et les lendemains de nos pays ».
Un espoir devenu réalité
La cérémonie officielle a été l’occasion pour quelques personnalités de s’exprimer. Tout a débuté par une prestation de Jacques Bajal à laquelle ont succédé les mots de bienvenue des animateurs, en créole pour Ericka Dédé et en wolof pour Aliou Cissé, le plus Martiniquais des comédiens sénégalais.
Les prises de parole se sont succédé à commencer par celle de Valérie Joachim-Arnaud, adjointe au maire de Rivière-Pilote. Puis Thierry L’étang, anthropologue et directeur de l’écomusée, Érick Dédé, David Dinal représentant la CTM se sont exprimés. Tous ont souligné la qualité de ce mémorial et la ténacité d’Érick Dédé pour concrétiser ce projet.Puis tous les invités se sont rendus sous les chapiteaux sous lesquels sont exposées les cinq embarcations et les figures de personnalités mises à l’honneur, mais également un buste de Frantz Fanon réalisé par Julien Ponceau. Avant de partager une collation martinico-sénégalaise, certaines personnalités ont planté un baobab venu du Sénégal pour symboliser l’union entre les deux populations, une pelle unique et une calebasse africaine remplie d’eau étant à leur disposition.
F.G.








Érick Dédé, concepteur du mémorial et président de Matinik-Sunugal
« Ce mémorial rend hommage aux Martiniquais morts dans le canal de la Dominique, dans la période de l’occupation allemande, rend hommage aux Amérindiens pourchassés et tués alors qu’ils s’enfuyaient par la mer et rend hommage à tous les Africains déportés vivants, morts, malades, détraqués, révoltés, tués, jetés par-dessus bord tels des déchets durant les traversées des bateaux négriers. C’est une volonté affirmée d’ouvrir un sanctuaire pour aider au repos de leurs âmes. Il est pensé comme un véritable panthéon caribéen et africain. Un espace où paraissent symboliquement les grandes figures de nos luttes, des nos arts et de nos pensées. Loin d’être figé, ce panthéon est appelé à s’enrichir au fil du temps. De nouvelles figures, hommes et femmes qui marqueront notre histoire commune, viendront y trouver leur place. Ainsi le mémorial restera ouvert, vivant, en dialogue permanent avec les générations présentes et futures. »

