Héritage maritime et mémoire vivante des rivages martiniquais
Bien plus qu’un sport, l’aviron traditionnel est un héritage culturel enraciné dans l’histoire maritime de la Martinique. Né des pratiques quotidiennes des pêcheurs entre les années 1950 et 1970, il est d’abord une expression spontanée : à la fin de leurs sorties en mer, les marins s’affrontent dans des régates improvisées, donnant naissance à un véritable spectacle populaire, notamment lors des fêtes patronales.
Cette tradition s’inscrit dans la lignée des gommiers ancestraux utilisés par les aînés, et devient rapidement le sport emblématique du Nord-Caraïbe, de l’Anse-d’Arlet au Prêcheur. Chaque commune possède son embarcation fétiche, et les noms de canots entrent dans la légende locale : Sapa Ayen, Les Anglais, Renouveau, Innocent, Mi Nou, En Ni Pé…
À cette époque, les courses se disputent avec des canots à quatre rameurs, alliant force brute, maîtrise de la mer et savoir-faire artisanal. Ces compétitions, populaires et festives, participent à la cohésion des communautés littorales et deviennent un rituel identitaire.
Dans les années 1980, l’évolution environnementale transforme la pratique : la coupe du bois de gommier, désormais protégé, est interdite. Les embarcations traditionnelles sont alors conçues avec moins de bois et plus de matériaux composites, passant à trois avirons. Une nouvelle génération de canots voit le jour, plus légère, plus rapide, exclusivement martiniquaise.
Des clubs comme “Dife Pri” du Prêcheur, “Frappez des Ailes” de Fond Lahaye (Schœlcher), ou encore “Frégate” de Case-Pilote deviennent les fers de lance de ce sport en pleine mutation, tout en respectant l’esprit des anciens.
Aujourd’hui, l’aviron traditionnel reste une discipline unique, vivante, ancrée dans le paysage culturel martiniquais. Il relie les générations, convoque la mémoire collective et maintient vivant le lien entre la mer, le geste et la fête.
