Pirogue monoxyle et symbole vivant du génie maritime caribéen
À la fois outil de travail, embarcation de pêche, symbole de liberté et de résistance, le gommier est l’une des embarcations les plus emblématiques des Petites Antilles, notamment en Martinique, à La Dominique et à Sainte-Lucie. Taillé dans un tronc unique d’arbre, le gommier est le héritier direct des pirogues amérindiennes, adaptées par les générations créoles pour répondre aux besoins du quotidien.
Traditionnellement construit à partir du bois de Dacryodes hexandra, appelé localement « gommier », cette pirogue monoxyle (à partir d’un seul tronc) est à la fois robuste, maniable et rapide. Longtemps utilisée pour la pêche côtière, elle a aussi servi au transport, aux régates, voire à des traversées audacieuses entre les îles.
Chaque gommier est une œuvre artisanale unique, façonnée à la main par des charpentiers de marine qui allient rigueur, transmission orale et adaptation aux formes naturelles du bois. L’intérieur est creusé, les flancs écartés à chaud, et l’ensemble renforcé par des éléments structurels comme les « courbes », les « taquets » ou encore le « sabot » destiné à accueillir le mât.
La propulsion du gommier peut se faire à la rame, à la pagaie ou à la voile, selon les conditions. Ses voiles, souvent confectionnées à partir de sacs de farine cousus, sont le reflet d’une ingéniosité populaire. Son étrave fine, prolongée par un éperon appelé « pince », lui confère une silhouette reconnaissable entre toutes.
Utilisé pour la pêche (notamment aux balaous, dorades, mulets), le gommier a aussi participé à des compétitions nautiques locales et est devenu un symbole de fierté identitaire.
Aujourd’hui, malgré la modernisation des embarcations, le gommier continue de vivre dans la mémoire collective, dans les villages de pêcheurs, dans les musées vivants, et à travers des événements culturels qui lui rendent hommage.
