Romancière de l’exil, des mémoires et des voix oubliées
Née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, Maryse Condé est l’une des plus grandes voix de la littérature francophone contemporaine. Romancière, dramaturge, essayiste et enseignante, elle a consacré sa vie à faire entendre les récits oubliés, ceux des femmes, des colonisés, des exilés, des descendants d’esclaves.
Son œuvre puissante est traversée par les thèmes de l’identité, de la mémoire, de la complexité des héritages africains et antillais. Refusant les discours simplistes, elle écrit avec une voix libre, critique, féminine et profondément humaine. Très tôt, elle quitte la Guadeloupe pour la France, puis voyage longuement en Afrique (Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal), où elle enseigne et nourrit son regard sur les mondes noirs.
C’est en 1984 que son roman Ségou, fresque historique sur l’Afrique précoloniale, la traite esclavagiste et les déchirements de l’histoire, la propulse sur la scène littéraire internationale. Suivront Moi, Tituba sorcière noire de Salem, La vie sans fards, En attendant la montée des eaux, et tant d’autres récits où fiction et réalité se croisent dans une langue lumineuse.
Maryse Condé s’impose aussi comme une intellectuelle exigeante, engagée dans la réflexion sur les post-colonialismes, les rapports Nord/Sud, le racisme, les langues et les femmes. Sa plume allie érudition, émotion et lucidité, sans jamais perdre de vue la complexité du réel.
Longtemps écartée des grandes récompenses littéraires, elle reçoit en 2018 le Prix Nobel alternatif de littérature pour l’ensemble de son œuvre, saluée comme une exploration magistrale des blessures et des puissances du monde noir.
Malgré les épreuves de la vie et de la santé, Maryse Condé n’a jamais cessé d’écrire, de questionner, de transmettre.
La pensée de Matinik Sunugal à son sujet :
Femme de mémoire, elle écrit pour que ceux qu’on oublie aient un nom, un visage, une voix.
