Victor Treffre

Maître du bèlè et gardien de la mémoire martiniquaise

Victor Treffre, plus connu sous le nom de Tôtô ou encore Papa Victor, est une figure incontournable de la culture martiniquaise. Né le 16 septembre 1941 à Bô Kannal, un quartier populaire de Fort-de-France, il a grandi au rythme du damyé, des chants et des tambours qui résonnaient dans son environnement. Très jeune, à peine adolescent, il ressent pour la première fois l’appel du tambour : une vibration qui ne le quittera plus jamais.

Après son service militaire, il s’engage dans l’animation culturelle au sein de la Fédération des Œuvres Laïques, où il exerce comme animateur-chant. Dans les années 1960, il rejoint le comité du Club des jeunes de Bô Kannal. De cette dynamique naît le groupe Rénovation, devenu en 1973 l’association Tanbou Bô Kannal, qu’il contribue à fonder et qui marquera durablement l’histoire du quartier.

Parallèlement à son travail aux abattoirs, qu’il mènera jusqu’à sa retraite en 1999, Victor Treffre consacre toute son énergie à la transmission du bèlè. Avec sa voix puissante et sa capacité à fédérer, il devient l’un des plus grands défenseurs de cette tradition longtemps méprisée. Il fait résonner ses chants lors des fêtes, des carnavals, mais aussi dans les moments de lutte sociale, notamment en 2009 lors du grand mouvement de grève où son chant Matinik lévé devient emblématique.

Tout au long de sa carrière, il collabore avec des artistes de renom tels que Ti-Émile, Dédé Saint-Prix, Kassav ou encore Mario Canonge. Son répertoire, mêlant bèlè, danmyé, kalenda et lavwa djab, témoigne de sa volonté de garder vivante et actuelle l’âme musicale martiniquaise.

La reconnaissance officielle arrive tardivement mais avec éclat : en 2019, il est intronisé Maître du bèlè à la Maison du bèlè de Sainte-Marie. En janvier 2023, un giratoire de son quartier natal porte désormais son nom, et en décembre de la même année, il est fait Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

Jusqu’à son dernier souffle, Victor Treffre est resté un passeur, un homme humble, généreux et profondément enraciné dans sa communauté. Décédé en juin 2025 à l’âge de 83 ans, il laisse un héritage immense : celui d’un art qui continue de rassembler, de transmettre et de vibrer au cœur de la Martinique.


La pensée de Matinik Sunugal à son sujet :

Une voix, la voix du bèlè.